Champagne et candidature à l’UNESCO et si les ministres avaient raison ?

Champagne et candidature à l’UNESCO et si les ministres avaient raison ?

La nouvelle est tombée dans la nuit de jeudi soir, Delphine Batho, ministre de l’Ecologie, et Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, ont ensemble rejeté la candidature des « Coteaux, Maisons et Caves de Champagne » en vue du classement au patrimoine mondial de l’UNESCO (Communiqué de Presse). Et si au final les ministres avaient raison ?

Projet UNESCO Champagne

Un projet mainte fois revu :

Le projet initial ne manquait pas d’effervescence, sur le papier du moins, souhaitant classer l’ensemble des sites historiques majeurs de la champagne en allant de Château-Thierry à Épernay, de Reims à Troyes avec la richesse de patrimoine et les différences propres à chaque région. Ainsi, même la Côte des Bar et Troyes qui je le rappelle est capitale historique de la champagne, allaient pouvoir bénéficier de cette protection. Malheureusement, au fil du temps, des débats politiques et des pressions économiques (ou l’inverse peut être) le projet s’est peu à peu éventé pour se centrer sur la Marne et plus particulièrement :

– la colline Saint-Nicaise (Reims),

– l’avenue de champagne (Epernay),

– les coteaux historiques (autour d’Epernay:  coteau d’Aÿ à Hautvillers )

Alors bien sûr les défenseurs du projet pourront me rétorquer que c’est la champagne dans son ensemble qui en aurait bénéficié. Sauf qu’aucun des 3 sites cités ne se trouve hors des sentiers déjà allègrement fréquentés par les amateurs de fines bulles. De plus et pour avoir eu la chance de visiter le Douro, vignoble également classé par l’UNESCO, seuls les sites protégés sont fréquentés par les amateurs de douceurs.

Communication et sentiment d’adhésion au projet à revoir:

Après plusieurs entretiens, peu de vignerons de ma génération se sentaient impliqués par le projet. Pire certaines maisons et unions de producteurs m’ont avoué leurs déceptions dans ce projet « au rabais ». Certainement en raison d’une communication qui n’a pas cessé d’évoluer sans ligne directrice et médias clairs, ou alors trop autocentré comme l’atteste le compte Twitter officiel qui n’engage que la Marne avec un @Paysages51. Il ne faut occulter non plus les contres sens de M. Pierre Cheval, président de l’association porteuse du projet ? À titre d’exemple, M. Cheval a déclaré pas plus tard que début janvier dans le journal l’Union :

Le dossier Champagne possède un atout non négligeable, celui d’être associé dans les paysages naturels ou dans les biens culturels (…) On sait que notre dossier est très apprécié, donc on ne risque pas d’être retoqué

Puis hier soir à la suite du rejet des ministres et toujours dans le même journal l’Union:

Nous nous doutions de cette décision, mais nous sommes satisfaits. Nous avons la certitude que, l’an prochain, nous serons retenus par le gouvernement pour être ensuite présentés à l’Unesco. Cela va nous permettre de parfaire la mobilisation de la population.

 J’espère du fond du cœur que la Champagne va pouvoir profiter de cette remise en question pour repenser et proposer un véritable projet fédérateur de l’ensemble des terroirs et des générations comme elle le mérite. Une stratégie et une communication adaptées aux besoins des parties prenantes comme ont su le faire d’autres sites. La communication digitale ce n’est pas que pour les Geeks et une page Facebook mal gérée n’est pas un gage de crédibilité !

#Winelover et un peu "geek" sur les bords, je suis naturellement effervescent (@champagnepetre) et dingue de médias sociaux. Je suis social média manager pour le compte de diverses sociétés en lien avec la filière vin.
  • SB

    Tout à fait d’accord avec votre analyse Vincent.

    Si le vignoble de Champagne est un atout économique indéniable et une vitrine pour l’international, il peut aussi se révéler être un boulet. Malheureusement, la région se focalise sur cette activité, au détriment des autres activités humaines et économiques pour lesquelles il pourrait y avoir de la place.

    Pour rester sur le patrimoine, on mettra en avant la beauté des vignobles mais ne s’interrogera pas sur la nécessité de maintenir, embellir ou restaurer nos bâtiments, forêts, cours d’eaux, plaines (à l’exception peut-être de la ville de Troyes).

    Tout cela est bien dommage. Située à quelques encablures de la région parisienne, notre région pourrait être une destination touristique et économique très facile d’accès.

    Je rêve aussi d’une prise de conscience des politiques locaux et de la population pour qu’ils valorisent un peu plus leur trésor.